Le musée Juliobona a accueilli cette année encore des chercheurs et chercheuses pour étudier des objets romains issus de ses collections, notamment dans le cadre du projet collectif de recherche « Juliobona, capitale des Calètes ». La fusaïole en schiste d’Autun (Saône-et-Loire) et le dauphin en verre sont passés sous l’œil d’experts.
Monique Dondin-Payre, directrice de recherches au CNRS et membre de l’UMR 8210 ANHIMA (Paris), connue dans le milieu archéologique pour ses travaux sur l’épigraphie, l’onomastique (étude des noms propres) et les processus de romanisation des provinces romaines, est intervenue au musée en septembre dernier. L’historienne a pu examiner un des objets phares de la collection du musée Juliobona : la fusaïole en schiste d’Autun. Cet objet, percé d’un trou central, assure la rotation régulière du fuseau d’un filage à main.
Découverte lors d’une fouille préventive réalisée par la Mission Archéologique Départementale de l’Eure (MADE) en 2019, sur la nécropole du Catillon à Lillebonne, cet objet singulier porte l’inscription latine « AVE DOMINA / AMO TE », soit en français, « Salut maitresse, je t’aime ».
L’examen complémentaire de cet objet, déjà minutieusement étudié auparavant, a permis d’observer l’inscription « AVE DOMINA / AMO TE », la façon dont ont été gravées les lettres, prendre leur mesure et l’identification d’éventuelles séparations.
Le passage de l’historienne au musée fut aussi l’occasion d’échanger avec Pierre Wech, responsable de l’opération de fouille en 2019 et aujourd’hui ingénieur d’études à la DRAC / SRA de Normandie, sur la signification de cette inscription au sein d’une sépulture de la nécropole du Catillon à Lillebonne.
Des micro-prélèvements pour analyser le dauphin
Il y a deux ans déjà, le dauphin en verre de la « tombe de Marcus », une sépulture particulièrement importante découverte en 1864 dans le quartier de la Côte Blanche à Lillebonne, avait fait l’objet d’une nouvelle étude. Une tomographie par rayons X avait été réalisée au laboratoire Ondes et Milieux Complexes (UMR 6294) à l’Université du Havre Normandie.
Les travaux sur ce dauphin, daté entre la fin du IIe siècle et la première moitié du IIIe siècle, ont révélé qu’il était fortement restauré et ont permis de préciser la technique de fabrication. Il a été découvert que la feuille d’or qui caractérise son décor se trouve au centre et non pas au plus près de sa surface.
La poursuite de l’étude de cet objet en verre, très rare dans le monde romain, nécessitait une analyse élémentaire reposant sur une spectrométrie à infrarouge Transformée de Fourier. L’objectif étant de préciser davantage sa technique de fabrication, de caractériser les matériaux utilisés (notamment les types de verre) et de définir plus précisément (si possible) la provenance des matériaux employés.
Afin d’effectuer ces mesures au laboratoire, des micro-prélèvements ont été réalisés à l’intérieur et à l’extérieur de l’objet par Émilie Winckel, conservatrice-restauratrice, spécialiste du verre pour Éveha, base de Caen. Les analyses des échantillons prélevés sur le dauphin sont en cours et livreront dans les semaines à venir des résultats inédits.